• C(h)orps cadre

    C(h)orps cadre

    Mon professeur d'arts plastiques nous avait donné une liste de sujets pour que l'on fasse une dernière production avant le bac. Le thème des sujets était le cadre. Un soir, j'ai dessiné une femme nue, par hasard, dans un cadre. Je me suis alors rendu compte que c'était une manière intéressante d'interpréter ce sujet.

    J'ai donc décidé de vous présenter cette production, avec en première partie son élaboration puis la réflexion derrière. Je vous invite à d'abord aller regarder la galerie eklablog avec mon travail :

    C(H)ORPS CADRE

     

    I ) Élaboration

    C(h)orps cadreLorsque l'idée m'est venue, je pensais rester sur un cadre et une femme dedans, similaire mais plus travaillé que mon croquis initial. Puis j'ai pensé à faire une planche avec plusieurs cadres. Puis je me suis dit qu'en fait, le chemin est bien plus long pour arriver à l'émancipation de la femme : j'ai décidé de faire plusieurs pages.

    J'en ai parlé avec ma mère qui m'a sorti d'une pile de livres un livre de nus d'atelier. C'était une chance de l'avoir ! Ce bouquin a été le principal support à la réalisation de ma production. Je l'ai feuilleté trois fois, en sélectionnant les modèles que je préférais. Désormais, je voulais créer une danse sur l'émancipation de la femme : il était nécessaire que je crée une « chorégraphie ».

    Mon travail s'est alors découpé en 3 parties :

     

    1) maquette du projet :

    C(h)orps cadreAprès avoir choisi différents modèles, il a fallu trouver un moyen de les assembler pour former un mouvement cohérent, fluide. Parfois, on peut se demander comment elle est passée de la position a à b, comme dans les cadres 7 & 8. Mais je me suis dit qu'il était plus intéressant de ne pas tout montrer du mouvement, pour laisser le spectateur imaginer. 

    On m'a dit "pourquoi tu n'as pas fait de flip book ?". Je répondrai que j'ai préféré laisser au spectateur le temps d'apprécier chaque position, mouvement , à la vitesse qu'il souhaite.

    Après avoir trouvé l'ensemble et l'ordre des positions, j'ai fait comme un "story board" pour savoir comment cette femme aller évoluer dans ces cadres. Lors de ma progression dans le dessin, il y a eu quelques changements à celui-ci, à cause d'erreurs auxquelles je n'avais pas fait attention (par exemple, ne pas avoir que 2 cadres sur l'avant dernière page, une position qui revenait plusieurs fois). 

    Cette première partie m'a demandé un travail de 5 heures.

     

    2) dessin :

    Une fois la maquette de la production réalisée, j'ai commencé les dessins. Les dessins vont au plus simple, je n'ai pas cherché à approfondir chaque partie du corps, ça peut se voir avec les pieds notamment. C'était volontaire dans le sens où ces détails sont secondaires et pas nécessaires, n'étant pas un travail de recherche ou de croquis. 

    Concernant le cadre, je pensais au départ le faire évoluer en même temps que la femme : au départ, je voulais que le cadre se renferme petit à petit sur elle, pour l'englober, puis j'ai voulu le faire disparaître petit à petit. Mais pour des raisons techniques, mais aussi liée à la réflexion de cette production, j'ai décidé d'imposer un cadre fixe à tous les dessins.

     

    3) "encrage" + finalisation :

    J'ai ensuite repassé les traits avec une pointe fine pigma micron 0,2 et le cadre avec un crayon à l'alcool graph'it noir. J'ai fini par vérifier les traits, pour que le cadre coïncide bien avec les lignes du corps. 

     

    Au final, cette production compte 15 pages, avec 37 dessins. Durant sa réalisation, plusieurs questions me sont venues à l'esprit : est-ce que je dessine la tête ? si oui comment ? si non comment je le justifie ?

     

     

    II ) La réflexion 

     

     

    Mon objectif en créant cette danse sur papier, c'était avant tout de parler de l'émancipation de la femme, du trajet parcouru et qui reste à faire.

    Au départ, sur le tout premier dessin, on constate une femme renfermée sur elle même, emprisonnée par ce cadre épais et marqué, représentant les normes et conditions imposées à la femme (de l'Antiquité à nos jours). Mais on constate qu'elle s'émancipe gentillement au départ, car elle sort qu'un peu du cadre : tout d'abord une main, puis elle revient dans le cadre, puis un pied. Mais de plus en plus au fil des pages, elle en sort jusqu'à ce qu'on observe une folie de mouvements.

    Elle se lève petit à petit aussi, et une foi qu'elle est totalement debout pour la première fois, à la page 6, elle se renferme sur elle-même de nouveau : elle a peur, peur de sa révolte. Mais elle se rend vite compte que cette révolte est vitale, d'où les grands mouvements jusqu'à la fin de cette danse pour finir sur une image d'une femme forte, déterminée, sûre d'elle et surtout sans cadre. C'est une projection dans le futur, d'un monde où la femme sera libre, sans contraintes de la société qui l'enferment dans un cadre qui est bien sûr un objectif à atteindre. Au départ, je voulais le faire disparaître petit à petit, mais mon prof m'a fait "rappelé" (entre guillemets parce que j'en ai conscience sans qu'il me le dise) que ce n'est pas encore le cas.. Je voulais aussi fermer ma production sur une feuille noire, comme au début. Mais je me suis dit que c'était finir sur une note noire, alors que le message final est positif.

    Je parlais de la tête plus haut, cette question a un rôle crucial dans cette production. Au départ, je pensais à  dessiner la tête, mais la contrainte du temps avec le bac qui approchait m'a fait abandonner cette idée, et tant mieux ! Parce qu'après avoir réfléchi longuement là dessus, ne pas représenter la tête est symboliquement plus fort. Tout le monde peut s'identifier et en plus, cela appuie plus sur l'image de la femme perçue que par son corps (publicité par exemple), comme objet. Mais il est important, et primordial même, de remarquer que la tête est toujours présente. En effet, ça se constate lorsqu'elle commence à s'émanciper à la page 8 : là où devrait y avoir la tête qui sort du cadre, il y a un vide et un cadre coupé. La tête, mais surtout la pensée, est toujours là et non seulement la femme objet.

    À travers cette production, j'ai aussi voulu faire passer le message de la liberté sexuelle de la femme. Dans le sens où d'avoir des seins, parler de vagin et de clitoris, d'avoir envie de prendre du plaisir sexuellement n'est pas une honte (bah ouais, on entend souvent des mecs dire qu'ils se sont masturbés, mais une fille moins : pourquoi se cacher ?). 


     

     

    Pour conclure, je suis contente de ma production (que j'ai appelé oeuvre tout au long de mon oral d'arts plastiques mais bon). J'ai pris beaucoup de plaisir, même si le temps me pressé, à la réaliser. De plus, j'ai eu beaucoup de retour positif, on m'a souvent dit "On dirait qu'elle danse" sans avoir dit au préalable que c'était mon objectif. Mais plus je la regarde, plus je me rends compte des défauts, des améliorations à apporter. Je pense que c'est un travail que je reprendrai un jour, après le bac déjà.

    Je trouve que le dessin était plus poétique au crayon de papier, mais le rendu est bien. J'aime beaucoup la page 11 avec la case 2.

    J'espère que vous aurez apprécié lire cet article, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire et de mettre sous forme propre ma pensée. Je pense que j'aurais pu tenir 30 minutes à mon oral rien que sur cette production ahah.

    Je vous souhaite une bonne semaine !


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 30 Mai 2018 à 12:38

    J'adore quand tu présente tes projets scolaires comme ça (je me souviens quand tu l'avais fait pour ton tpe, ça m'avait aidé pour le mien).

    Déjà le rendu final est super joli, c'est propre, c'est esthétique et c'est agréable à regarder. 

    Au départ le fait qu'elle n'ai pas de tête me dérangeait un peu parce que j'avais l'impression que c'était pas fini mais enfaite vu que le reste du corps est vachement minimaliste, c'est pas gênant. Et puis on peut interpréter ça (enfin moi je l’interprète comme ça) comme une sorte "d'anonymat global" dans le sens où c'est pas l'histoire d'une femme, c'est l'histoire de toutes les femmes. 

    Aussi j'aime bien le fait que le cadre soit noir et épais et qu'à contrario, la femme soit dessinée avec des traits plus fins: ça apporte une sorte de fragilité au personnage face aux normes qui sont dures et encrées (c'est le cas de le dire). Bref, il est super cool ton travail, tu nous diras combien t'as eu !

    (au fait tu as dessiné sur des feuilles de quelles dimensions ?)

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    2
    Lundi 4 Juin 2018 à 09:50

    Wow j'adore, je trouve que c'est très poétique et que ça délivre un très beau message. J'ai vraiment adoré ton article, ne pas juste mettre les dessins, mais nous expliquer le pourquoi du comment. Une très belle réflexion se cache derrière ses dessins et j'apprécie beaucoup. C'est un très beau travail, bravo!

    3
    Samedi 9 Juin 2018 à 13:06

    Coucou ! Je trouve ton projet, et donc l'explication qui va avec, vraiment intéressants. Très poétique et inspirant aussi :)

    4
    Dimanche 17 Juin 2018 à 11:16

    J'adore ce genre d'article ! On a un peu le making-off des dessins et c'est vraiment intéressant. Cela m'inspire énormément et ca montre que même les choses les plus simples, en apparence, sont réfléchies et travaillées. 

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